Mon interview donnée au journal Paris-Normandie

Interview. « Bien sûr que la gauche a un cap ! » Face à l’inquiétude […]

Interview.

« Bien sûr que la gauche a un cap ! »

Face à l’inquiétude des Départements qui se retrouvent en congrès à partir d’aujourd’hui, la Fécampoise Estelle Grelier, secrétaire d’État aux Collectivités locales, loue les efforts du gouvernement et répond aux présidents de l’Eure et de la Seine-Maritime. Elle évoque aussi la campagne qui s’ouvre et le rôle qu’elle pourrait y tenir.

Estelle Grelier: «La réforme territoriale a conforté les Départements dans leur mission de solidarité»

 

A la veille de leur congrès, les Départements sont inquiets et viennent d’ailleurs d’organiser une semaine de mobilisation pour dénoncer, entre autres, les baisses de dotation de l’État qui s’élèvent, selon eux, à 32 % sur les quatre dernières années. «Porter atteinte aux moyens financiers des départements, c’est porter atteinte au quotidien de 66 millions de Français », affirment les Départements. Sommes-nous face à une situation d’urgence et qu’avez-vous prévu de leur dire pour tenter de les rassurer sur l’avenir ?

 

Estelle Grelier. « La réforme territoriale a conforté les Départements dans leur mission de solidarité. La loi d’adaptation de la société au vieillissement aussi, avec des engagements financiers de l’État à la hauteur des enjeux. En 2014, l’État a pris acte des difficultés des Départements et conclu avec eux un pacte de confiance et de responsabilité. Les nouvelles recettes qui en découlent dépassent de loin la baisse des dotations liée au redressement des comptes publics. Et pour les Départements les plus fragilisés, un fonds d’aide exceptionnel sera mis en place par l’État, avant la fin de l’année ».
 
« La position personnelle du président de l’Eure est choquante »
 
En Normandie par exemple, le département de l’Eure veut refuser l’augmentation du RSA car cela représenterait une hausse de ses dépenses de 1,5 million d’euros. C’est un cas concret. Vous le comprenez ?
« La position personnelle du président LR du Département de l’Eure est doublement choquante. Il reproche au gouvernement de lui imposer une dépense supplémentaire, alors qu’il vient de refuser avec ses amis politiques la proposition du gouvernement d’une prise en charge intégrale par l’État du montant du RSA ».

 

Toujours en Normandie, Pascal Martin, le président du département de la Seine-Maritime, estime qu’il va devoir trouver 2,5millions d’euros pour an pour assurer la maintenance des équipements informatiques dans les collèges, transférés par l’Éducation nationale mais sans compensation financière. Là aussi, que lui répondez-vous ?
« Le développement du numérique dans les collèges est une priorité. Ce sont les départements qui choisissent ou non d’investir dans le numérique et si tel est le cas, l’État apporte son soutien financier dans l’achat d’équipements et la formation des enseignants. Les Départements vont par ailleurs transférer beaucoup de dépenses vers les métropoles et les régions. Ils pourront donc assumer leurs missions sociales et éducatives de proximité, que les départements revendiquent d’ailleurs comme des justifications de leur existence même ».

 

D’une manière générale, que ce soit avant 2012 – on se souvient d’un compteur de la dette installé devant le conseil général de la Seine-Maritime par Didier Marie – ou depuis l’élection de François Hollande, les départements semblent être le parent pauvre, voire une variable d’ajustement.
« J’appelle l’opposition nationale lorsqu’elle dirige les départements à la décence ! Car c’est elle qui fabrique aujourd’hui de vrais « parents pauvres » : ceux des collégiens de condition modeste, dont les bourses sociales sont supprimées et les établissements fermés, faisant des solidarités et de l’éducation les vraies « variables d’ajustement » de leurs politiques. La complainte des élus n’est pas audible quand les familles elles-mêmes sont ainsi exposées. Mettre ces choix sur le dos du gouvernement ne trompe personne ».

 

Selon vous, François Hollande peut-il gagner la primaire de la gauche ?
« François Hollande est le candidat légitime de la gauche. C’est un homme d’État dans un contexte difficile où les questions de sécurité, de lutte contre le terrorisme, du rayonnement de la France dans le monde sont déterminantes. L’action déterminée du président a permis des avancées importantes : création de nouveaux droits, pérennisation de notre modèle social, rétablissement des comptes de la sécurité sociale, refondation de l’école, renforcement de la compétitivité des entreprises, engagement en faveur de la transition énergétique… »
 
« Une fois que la ligne est fixée, la loyauté est de mise »
 
Mais deux Français sur trois estiment que Nicolas Sarkozy et François Hollande ont été d’aussi mauvais présidents l’un que l’autre. Qu’est-ce qui ne marche plus dans la parole politique ?
« Plus que des sondages, c’est l’Histoire qui jugera. C’est de mon point de vue la difficulté de l’action publique à produire des effets rapides et perceptibles pour nos concitoyens qui est en cause, notamment lorsqu’il s’agit de réformes structurelles ».

 

Vous-même, vous avez été un peu « désarçonnée » début 2016 par le début sur la déchéance de la nationalité et la première mouture de la loi El Khomri. La gauche a-t-elle un cap ? Quel est-il ?
« Chacun est libre de s’interroger et de débattre au sein de sa famille politique. Mais une fois que la ligne est fixée, la loyauté est de mise. Je dis ce que je pense, je débats mais je sais qu’on n’a jamais raison seul. Bien sûr que la gauche a un cap : celui du progrès social et de la responsabilité. Je prends l’exemple de la réforme territoriale : regardez ce que nous avons fait sur les dotations aux collectivités : nous leur avons demandé de participer au redressement des comptes de la Nation et dès que cela a été possible, nous avons allégé leurs efforts pour relancer l’investissement local. Nous, nous croyons à la vitalité des bassins d’emplois, nous agissons au plus près du terrain et faisons confiance à l’intelligence territoriale. Vous pensez sincèrement qu’en annonçant un plan de 100 milliards d’euros d’économie, en tapant sur les fonctionnaires, en annonçant la fin de l’autonomie des collectivités locales, à rebours de plus de trente ans de décentralisation, la droite a un cap pour nos territoires ? »
« Le président est président à 100 % »
 
Si François Hollande n’était pas candidat, qui porterait le mieux vos couleurs : Manuel Valls ?
« Vous connaissez comme moi le calendrier fixé par le président de la République. Le président est président à 100 % et il l’est pour tous les Français ».

 

Quel rôle jouerez-vous dans la campagne de la présidentielle 2017 ?
« Aujourd’hui, je suis avant tout membre du gouvernement. Je suis socialiste, j’appartiens à un gouvernement socialiste et j’entends bien mettre toutes mes forces dans la prochaine bataille électorale pour faire gagner la gauche. Je me tiens à la disposition du président de la République et du Premier ministre. Ils savent tous deux pouvoir compter sur mon engagement et ma détermination ».

 

PROPOS RECUEILLIS PAR STÉPHANE SIRET
s.siret@presse-normande.com

www.paris-normandie.fr

 

L’avenir des départements au Futuroscope

Les 102 départements de France se retrouvent aujourd’hui à Poitiers.
L’Association des départements de France, qui regroupe 102 départements, tient son congrès à partir d’aujourd’hui mercredi et jusqu’à vendredi au Futuroscope, à Poitiers. Ce 86e rassemblement risque de se dérouler dans une ambiance tendue car les Départements doivent faire face à la baisse des dotations financières de l’État. Vendredi, c’est le ministre de tutelle d’Estelle Grelier, le radical de gauche Jean-Michel Baylet, qui participera à la clôture des débats. La secrétaire d’État, elle, se rendra le 13 octobre à Strasbourg à la 27e convention nationale de l’Association des communautés de France (AdCF).

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